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TV5 MONDE 27 avril 2012
Plumes de campagne

Les périodes électorales sont propices aux livres politiques : biographies, essais, pamphlets, et même bandes dessinées, il en sort plusieurs par semaine. Isabelle Soler a défriché cette jungle livresque et vous propose une sélection pour mieux comprendre les enjeux et les personnalités au coeur de cette campagne présidentielle française de 2012.

"La rançon de la gloire" de Marie Treps - Editions Le Seuil, 156 pages - 13, 50 euros.

Il cristallise ces sentiments contradictoires que sont le besoin d'admirer et concomitant, le besoin de rabaisser ceux que nous avons rendu célèbres, leur rendre leur statut de M. Tout le Monde. Le surnom puisque c'est de lui dont on parle, est gage de sympathie mais il peut aussi se faire sobriquet, avec son escorte de dérision. Marie Treps, linguiste et sémiologue, s'est fait une spécialité de ces explorations du langage, de sa créativité et de ses évolutions, de ce qu'elle appelle les « territoires ludiques de la langue française ». Elle se penche ici sur la petite Fabrique des surnoms du monde politique. Après les sportifs ou les artistes, les politiques en sont à leur tour affublés. Raffarien, Montebourde ou Télé-Rama…Comment et par qui leur arrivent ces petits noms, plus ou moins charmants, et qui pour certains leur colleront durablement à la peau ? Remember le cruel Fraise des Bois attribué à François Hollande…. Leur tradition remonterait à l'époque de la Révolution Française, avec Monsieur et Madame Veto, surnoms de Louis XVI et Marie-Antoinette dans la Carmagnole, chant révolutionnaire de 1792. Après une introduction historique passant largement en revue les très nombreux surnoms des politiques, M. Treps dresse de brefs portraits de personnalités marquantes : Barre dit Babar, Bayroudoudou ou Tonton. Signe du défaut de parité dans ces hautes fonctions, les portraits de femmes politiques sont plus rares : 6 seulement sur les 26 que compte le livre. A l'honneur : MAM, Eva la Rouge, ou encore Ségolène Royal dite Zapatera ou moins aimablement Bécassine. Une façon de réviser leurs parcours et de constater l'impact de ces surnoms. Les nombreux articles de presse illustrant les propos de l'auteur démontrent que ces surnoms souvent décernés par leurs pairs finissent tout bonnement par les désigner à l'opinion publique, en une sorte de patronyme bis. Il faut dire qu'un politique en collectera plus d'un, le temps de sa carrière, et plus longue la carrière sera-t-elle, plus nombreux les sobriquets seront-ils. Qui se souvient ainsi que Jacques Chirac fut surnommé par ses camarades de Sciences-po l'Hélicoptère pour sa façon excessive de mouliner des bras, mais qu'il devint Facho-Chirac ou Al Capone pour ses méthodes musclées à la mort de Pompidou. Que le Grand Charles (de Gaulle) élu en 58 grâce aux suffrages de la France rurale devint l'Elu du seigle et de la Châtaigne. Mais pourquoi donc un an plus tard devint-il la Grande Zohra ? Parce que les partisans de l'Algérie Française brocardent de ce prénom féminin très répandu celui qui les a lâchés et qu'ils représentent affublé de longs cheveux noirs et de boucles d'oreilles sur les affiches. Au-delà d'un relevé anecdotique quoique réjouissant des sobriquets, ce livre est une occasion instructive et amusante de faire une plongée dans l'histoire de France récente, au travers des (més)aventures des grands serviteurs de l'état.